Entretien-Pascale • Nebia
©Julien Brun

« Je me considère moins comme une artiste que comme une artisane. Je suis une meneuse de projets, je m’entoure de merveilleuses personnes créatives. »

Pascale Güdel, comédienne et metteure en scène

D’où vous est venue l’envie de créer ce spectacle ?

L’envie de créer un spectacle léger proche de la forme concert, m’habite depuis quelques années. En général, j’aime qu’il y ait de la musique live au théâtre et créer des synergies entre artistes. Ensuite c’est Marynelle Debétaz qui m’a donné l’impulsion en m’enjoignant à proposer un spectacle pour Nebia poche. Je venais de lire le roman Déployer de Douna Loup qui m’avait touché et j’avais quelques mois auparavant rencontré et eu un coup de coeur pour Jessanna Nemitz. Tout s’est fait très vite à partir de là, j’ai suivi mes envies, mon instinct et rassemblé une équipe.

 

Elly, le personnage principal des Lettres est une jeune trentenaire, mariée, mère de deux enfants et éprise de liberté. Quel est votre pouvoir d’identification au personnage ?

Je ne suis pas Elly, j’ai quarante ans, un bébé et un partenaire de vie avec lequel je ne suis pas mariée. Cela dit ce qui me touche c’est l’honnêteté avec laquelle Elly questionne ses vérités et son rapport à l’autre, le courage qu’elle déploie pour affronter ses doutes et accepter ses « multiples moissons de moi fluctuants ». Les quatre productions précédentes que j’ai mené à bien avec la compagnie FRAKT’ (Foyer moderne ! guide pratique ; Tu devrais venir plus souvent; Venir grande ; Le Rossignol et l’Empereur) mettent toutes en scène des personnages « épris de liberté » qui cherchent leur propre vérité, qui ont soif d’autonomie et qui cherchent à s’affranchir d’une autorité, d’un conditionnement – social, familial, religieux, relationnel. Cette récurrence thématique dit assurément quelque chose de mon besoin d’authenticité et de mon envie d’oser écouter et laisser exister la petite Pascale en moi, hors des sentiers battus.

 

Parlez-nous de votre collaboration avec Jessana Nemitz.

Une belle complicité s’est mise en place entre nous. C’est la première fois que Jessanna se met au service d’une pièce de théâtre et qu’elle ne compose pas seule dans son local. Nous répétons ensemble pour que le texte, l’interprétation et la musique, se rencontrent vraiment et forment petit à petit un tout homogène. Jessanna a su se mettre à l’écoute de mes envies et du personnage pour en traduire de manière sensible les forces et les failles. Jessanna a un rapport à la scène instinctif et naturel qui m’inspire.

 

Et que vient faire la reine des neiges dans cette histoire ?

Dans le texte, Elly évoque la multiplicité de ses moi qui font partie d’elle-même. Ces facettes du personnage sont traduites notamment grâce à divers styles musicaux, rock, pop, électro, tribal. La musique raconte tellement bien les émotions, j’en ai d’ailleurs parfois la chair de poule en répétition. Bref, lorsqu’Elly laisse son amant fuir dans le soir sans qu’il ait su engager une réflexion sur leur lien, il y a un léger kitsch qui se dégage de ce moment de libération, que nous avons décidé de traiter musicalement, d’où la référence.

 

Créer en temps de covid : mission impossible ?

En respectant les mesures de protection autant que faire se peut et en s’armant de courage et de flexibilité, créer est possible. En répétition nous sommes une petite équipe, deux au plateau et deux ou trois collaborateur·trice·s artistiques en salle. Nous avons pu répéter 6 semaines à coup de résidences d’une semaine réparties le long de l’année. Etre dans un processus de création nous a donné ce courage malgré la situation de gel culturel. Nous avons bon espoir de jouer en avril et mai, pour des jauges réduites, à Nebia et dans quatre autres théâtres romands.

 

Vous êtes comédienne, metteure en scène, jeune maman. Comment vivez-vous cette multiplication des rôles dans la vie et les aller-retours entre la scène et la vie ?

Mon fils me donne de la force et du courage. Dans certaines situations de stress professionnel, il a un pouvoir désamorceur. Il me fait relativiser et met de la joie dans ma vie. Il a le pouvoir d’éclipser en partie la situation de crise sanitaire et sociale que nous traversons.

 

N’empêche que deux spectacles et un enfant en une année : c’est quoi la recette miracle ?

Un peu de chance au niveau de l’agenda, une grande capacité d’émerveillement et de régénération, des collaborateur·trice·s ouvert·e·s, un conjoint très très présent, un frère et une grand-mère prêt·e·s à donner un coup de maine.

 

Pour Nebia ce sera le premier spectacle après 6 mois de fermeture : ça va être la fête ?!

Pour le public qui se languit du spectacle vivant, ce sera particulièrement joyeux. Pour nous qui vivons du contact avec le public ce sera un moment mémorable. Le symbole d’une reprise qui va coïncider avec le printemps. De mon côté j’ai la chance de jouer deux productions de FRAKT’, Le Rossignol et l’Empereur et Venir grande, en représentations scolaires dans certains cantons depuis début février. J’ai donc déjà pu goûter à cette respiration scène-salle si addictive et importante.

 

Propos recueillis par Stefanie Pizarro, Bienne, février 2021.

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